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10 octobre 2007 3 10 /10 /octobre /2007 15:39
par Louïsa Baralonga

Madame n'arrive pas à répondre en ligne aux offres d'emploi sur le site de l'anpe. Des nouvelles fonctionnalités permettent depuis peu de postuler en ligne à des offres d'emploi. Madame m'appelle à 14h30 pour être accompagnée pour répondre à une offre. Je l'accueille. Cependant, le temps qu'elle se déplace l'annonce n'est pas plus en ligne.

Madame est déconcertée. Elle n'arrive pas  à décrocher un contrat. En plus de ces démarches via le site de l'anpe, Madame a envoyé de nombreuses candidatures spontanées. Un employeur l'a contactée pour lui proposer un emploi. Folle de joie, elle s'organise pour faire garder son enfant et aller à la rencontre de l'employeur. Arrivée au rendez-vous, la personne lui annonce que l'emploi ne sera pas déclaré. Madame a donc refusé.

Seule avec son enfant, elle se doit d'obtenir un contrat en CDI en vue de faire revenir son mari en France. En effet, celui-ci a été expulsé le 18 septembre 2006 alors que leur enfant était âgé de un mois et demi à peine. Madame doit remettre douze fiches de paie avec un salaire minimum de 1300 euros brut pour que le dossier de regroupement familial soit traité par les services concernés.

Depuis elle a pris sur elle d'acquérir un ordinateur et de souscrire à un abonnement Internet en vue de répondre au plus vite à des offres d'emploi. Adhérente à l'Espace 19 et à Réseau 2000, pour augmenter ses possibilités d'accéder à un accompagnement lors de l'usage d'ordinateur, elle a décidé de faire un sacrifice financier pour s'équiper. Madame n'a pas plus doit à l'allocation logement. Peu de temps après le départ de son mari, les services concernés ont expliqué à Madame que du fait de sa séparation « physique » d'avec son conjoint, elle ne pouvait prétendre à une allocation.

Madame ne met pas sur son CV le fait d'avoir un enfant. Mais lors des entretiens lorsque la question lui est posée, elle dit la vérité. Certains employeurs lui demandent si Madame a une solution de garde. Lorsque Madame répond que son fils est à la crèche, certains lui demandent comment est-ce qu'elle compte s'organiser si celle-ci vient à fermer. Le fait d'avoir un enfant à sa seule charge bloque  son accès à l'emploi. Par ailleurs les montants des salaires que l'on propose dans les offres ne lui permettraient pas de faire garder légalement son fils. Ceci est très gênant car cela nécessite d'engager des personnes sans les déclarer. Quelle protection possible contre cet état de fait ?

Madame se bat. Elle attend minuit, moment de mise à jour des offres sur le site de l'anpe pour accroître ses chances d'obtenir un travail. Madame souhaite ardemment travailler mais les compétences requises pour répondre à des offres via le site de l'anpe est pour elle un frein à son insertion. La situation des employés de ménage ou garde d’enfants ne lui permet pas de décrocher un emploi déclaré. Madame souhaite dénoncer cet état de fait. Elle suit l'actualité des personnes à la recherche d'un emploi et ne comprend pas la manière dévalorisante avec laquelle ses personnes sont traitées par les politiques et l'opinion publique. Elle a le sentiment que les difficultés qu'elles rencontrent ne sont pas prises en considération par nos responsables politiques.

De plus Madame se donne comme devoir de permettre à son fils de grandir auprès de son père. Elle se demande comment son fils va pouvoir se construire en ayant uniquement la possibilité de voir son père via la messagerie instantanée. Celui-ci s'aggripe à la webcam en vue de toucher son père. Il embrasse l'écran, enserre la webcam en vain. Sa situation au regard de l'emploi oblige parfois Madame à confier en urgence son fils à des personnes de son entourage pour se présenter à des rendez-vous qui ont lieu en dehors des horaires d'ouverture de la crèche. Madame ne distingue aucun signe du droit à la vie famille, à l'accès à un travail dans sa relation avec la France.

Elle vient d'apprendre qu'elle va aussi devoir régler la somme d'un test ADN pour authentifier le lien de parentalité existant entre son fils et son mari. Le montant prévu entre 2000 et 6000 euros l'accable. Elle ne voit pas le bout du tunnel. Le fait de changer la modalité du regroupement familiale est un poids supplémentaire. Depuis le 18 septembre 2006, Madame fournit des efforts incommensurables pour mener de front l'éducation de son fils, l'obtention d'une place en crèche, retrouver un emploi, assurer le retour de son mari. Je ne sais pas combien de temps Madame va tenir. Mais aujourd'hui elle commence montrer les prémices d'un essoufflement nerveux.

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Published by Judicaël Denecé - dans Multimédia
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commentaires

guillaume 28/08/2010 15:15



Madame a bien du courage et on lui en souhaite dans ce monde déshumanisé dans lequel les interlocuteurs même lorsque ce sont des être humains font figures de robots mécaniques... Vous avez oublié
de dire que quand Madame appelle un service social le numéro est payant...


Bonne chance Madame, tenez bon !



Marny 13/12/2007 18:12

Trop beau , Trop bien écrit , et plus qu'inspiré ...  

chris 15/10/2007 18:31

Bravo et merci Louisa pour cet exemple des injustices que vivent quotidiennement des millions de personnes dans ce pays. Merci surtout pour la façon dont tu fais comprendre, simplement, en exposant les faits, à quel point il est difficile de ne pas sombrer quand on se bat chaque jour contre des rouleaux compresseurs...

Denis de Rauglaudre 12/10/2007 23:17

Ton texte m'a beaucoup ému. Bravo Louïsa.

Julien Bastide 12/10/2007 15:20

Très beau texte Louisa, merci de de nous faire partager ce témoignage.