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23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 14:18
par Gabriel, éducateur spécialisé, IME Alternance.

Depuis mai 2009, la ludothèque du Centre Social nous a ouvert ses portes tous les jeudis matin. Nous sommes six, Pauline, Aboubacar, Ibrahim et Adam, quatre jeunes autistes de l’IME Alternance et de leurs deux  éducateurs.

Il nous a toujours semblé important de permettre aux jeunes de sortir des murs de l’IME, de s’inscrire à leur manière dans la vie du quartier, et la ludothèque est apparue comme un  nouvel espace à explorer à proximité de l’Institution.
Il faut en général beaucoup de temps aux jeunes autistes pour appréhender un nouveau lieu et se sentir à leur aise. Or, les deux jeunes que j’accompagnais initialement y ont très vite pris leurs marques et ont montré un plaisir certain à y venir. L’espace agréable de la ludothèque comme l’accueil chaleureux de l’équipe n’y sont sans doute pas étranger, ces jeunes y étant particulièrement sensibles.

Quand nous avons commencé ce partenariat, j’étais à la recherche d’un lieu comme celui-ci pour Pauline et Aboubacar qui montraient alors des difficultés à supporter le groupe de l’IME et les activités que nous leur proposions. Je doutais alors de leurs facultés à s’épanouir dans un lieu inconnu et sans repère pour eux. Pauline et Aboubacar vivent tous deux dans un monde presque inaccessible pour nous, et il nous est bien difficile de trouver le contexte qui permette des interactions avec eux. Et si les échanges sont parfois possibles avec des adultes, ceux entre jeunes sont extrêmement rares.

Nous commencions habituellement l’activité ludo par un temps de lecture de conte. Pauline écoutait avec plaisir les livres que je lui proposais et Aboubacar, au début réticent, s’est peu à peu rapproché de nous. A mon grand étonnement, après quelques semaines, c’est Pauline, elle-même, qui allait chercher les livres qu’elle souhaitait pour la lecture, et, quand l’histoire lui plaisait, ou que quelque chose dans l’histoire lui parlait d’elle, elle se mettait à chantonner. Je n’avais jamais entendu auparavant ces airs dans sa bouche, Pauline est une jeune qui ne parle pas.
Un jour, après la lecture, elle me tendit un petit livre très simple en me désignant Aboubacar assit à côté d’elle et dont les capacités de compréhension sont plus limité que les siennes. Ce livre se composait d’une seule phrase sur la page de droite. Pauline adressait clairement le choix de ce livre à son compagnon d’activité, Aboubacar. Sans doute avait-elle remarqué que je jouais souvent avec lui à ce type de puzzle. Aussi, pour la première fois depuis que j’accompagne ces jeunes, je vis Pauline reconnaître et adresser une attention subtile envers un autre jeune.

Ces petites choses sont énormes pour des jeunes que l’on pense souvent coupés de l’autre et dans de grandes difficultés d’échanges. En apprivoisant cet espace, ces deux jeunes ont pu  s’épanouir et découvrir de nouvelles possibilités qui leur semblaient jusqu’à présent inaccessibles. Nous avons donc choisi de renouveler l’expérience de la ludothèque cette année en l’adressant cette fois à quatre jeunes de notre IME.

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Published by Judicaël Denecé - dans Cambrai
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bonnin 24/10/2009 14:48


Bonjour Monsieur,
Merci de votre témoignage précis et informatif pour nous qui, parfois, rencontrons des personnes autistes. Particulièrement en situation de lecture à voix récitative : j'ai entendu la mélopée que
vous décrivez tenue par un jeune homme et cela nous a procuré à tous deux de longs moments de calme.